Assimilation : territoire d’aliénation
« Le racisme comme structure psychique d’État » : on repartira de cette hypothèse, discutée depuis longtemps au collectif. Elle prend appui sur la formule de Balibar, pour qui les États modernes ne se sont constitués que comme nations, et les nations qu’avec des idéologies nationalistes porteuses d’une tendance raciste, qui se fixe sur des objets différents selon les circonstances historiques.
Pour remettre cette hypothèse à l’épreuve, l’intervention emprunte un chemin précis : l’injonction d’assimilation, cette exigence faite à l’étranger de prouver qu’il est « assimilé » pour devenir national. Elle s’ouvre sur un détour par le Bund et l’idée de dissocier citoyenneté et nationalité, qui donne une idée de la manière dont cette exigence a pu être refusée, et des luttes auxquelles ça a donné lieu. Elle s’appuie ensuite sur deux lectures : la sociologie d’Abdelmalek Sayad, qui montre que l’État habite déjà les catégories par lesquelles nous pensons l’immigration, et l’enquête socio-historique d’Abdellali Hajjat, Les frontières de l’identité nationale, qui reconstitue comment l’assimilation est devenue une catégorie du droit de la nationalité. À l’écoute de ces deux ouvrages, on verra que la loi qui définit l’identité nationale ne cesse d’être débordée par ses propres applications, et que ce débordement est ce qui fait l’arbitraire d’une procédure que personne ne peut jamais accomplir.
Cette lecture engage aussi la clinique. La logique du surmoi, la dette qui ne s’éteint pas, la place du corps dans ce qui devrait n’être qu’une épreuve de langue et de valeurs. Pour Hajjat comme pour Sayad, la langue renvoie au corps : le niveau de langue est implicitement lu à travers le voile, l’accent, la couleur de peau. Le corps, contrairement à la langue et aux mœurs, ne s’apprend ni ne se perd. Autant de points où le droit et la psychanalyse se rencontrent, et où se précise ce que peut signifier un « racisme d’État » sans doctrine ni intention centrale.
L’intervention se termine sur une ouverture littéraire, La Grande Méthode de Louisa Yousfi, qui prolonge le constat du sociologue de la Double absence, mais surtout propose une manière d’habiter ce que le diagnostic ne résout pas.
Sophie Mendelsohn