30 mai 2026

Bundisme et zapatisme

Viviana Saint-Cyr

Zapatisme et psychanalyse

Collectif de Pantin, 30 mai 2026

Viviana Saint-Cyr

Ce qui suit constitue un ensemble des réflexions, des questionnements et de pistes de recherche autour de l’imbrication entre la subjectivité et la politique. Cette préoccupation, clinique et théorique, se matérialise pour moi autour d’une question particulière : celle de la relation entre le zapatisme et la psychanalyse[1].

Il s’agit d’une interrogation sur la relation du zapatisme et de la psychanalyse, à partir de cette dernière, puisque je parle en tant que psychologue orientée par la psychanalyse. Mais ce « à partir de » ne s’articule pas à une quelconque application de la théorie, de la méthode et des catégories psychanalytiques au zapatisme ; tout au contraire : il s’agit d’une sorte d’application du zapatisme à la psychanalyse[2]. Autrement dit : psychanalyser les zapatistes, jamais ! zapatiser, indianiser, la psychanalyse, peut-être ! Quoi qu’il en soit, je ne ferai pas ici une étude sur les zapatistes ni sur les peuples originaires, je m’appuierai sur les zapatistes comme sur n’importe quel autre théoricien.

Le mouvement zapatiste est tout d’abord cela, « un mouvement » et il est toujours « en mouvement »[3]. Il se déplace, change et propose toujours des nouvelles initiatives. Depuis leur apparition en 1994, les zapatistes n’ont pas cessé de déployer une politique, une théorie, une pensée culturelle et sociale radicalement novatrices inspirées aussi bien des savoirs ancestraux des peuples originaires mayas du Mexique que de l’héritage du communisme et du socialisme libertaire européen mais aussi de la fantaisie du réalisme magique de la littérature latino-américaine. La pensée culturelle, social et politique zapatiste se trouve toujours liée à une pratique collective très singulière mais jamais fixée ni figée, elle varie et se déplace afin que ce qu’ils disent, et ce pourquoi ils luttent[4], reste habité, incarné, vrai, mais aussi vivant, festif et rebelle. Le zapatisme de 2026 n’est pas le même que celui de 1994 et celui qui sort de la clandestinité n’est pas le même de 1983 lors de sa création.

Il s’agit d’empêcher tout dogme, toute religiosité, toute institutionnalisation non seulement de la révolution mais de quoi que ce soit. Cette notion d’institutionnalisation est importante au Mexique puisque le parti qui est resté au pouvoir pendant plus de 70 ans porte ce signifiant dans son nom, le Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI.

Ainsi que l’affirme le sous-commandant Moisés, actuel porte-parole de l’EZLN : « Cela fait 30 ans que nous apprenons ce que veut dire être autonomes : nous nous autodirigeons et nous nous autogouvernons »[5]. Je citerai souvent la parole zapatiste, qui est plutôt poétique, drôle et sérieuse, simple et complexe à la fois. Ils n’apprécient ce qu’ils appellent les « paroles dures », soit les grands mots académico-scientifico-politico-érudits.

Le mouvement rebelle indigène est tout à fait singulier et en décalage avec les guérillas latinoaméricaines traditionnelles du XXème siècle[6]. Cette singularité est présente dès le début, lorsque l’armée zapatiste occupe 5 municipes de l’Etat de Chiapas au sud-est du Mexique le 1 janvier 1994. A ce moment-là, le porte-parole, blanc, métis, universitaire, intellectuel et donc non-indien, non-paysan, non-non-cultivé, se présente comme sous-commandant, le très fameux sous-commandant Marcos. D’emblée cela surprend : le commandant en chef n’est pas le véritable décideur. Les décisions reviennent aux commandantes et commandants Indigènes, tel que le commandant Tacho, la commandante Ramona, le commandant Moisés, pour ne citer que les plus connus, réunis dans le CCRI (Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène, instance politique des commandant.e.s[7]). Même si la création de l’EZLN en 1983[8] s’inscrit initialement dans la tradition des guérillas guevaristes avec un foyer armé et une orientation marxiste-léniniste, le sous-commandant Marcos est très loin d’incarner une figure comparable à celle du Che Guevara ou le commandant Fidel, « lider máximo ». Le mouvement zapatiste se distingue des révolutions classiques tout d’abord car il ne vise pas la conquête du pouvoir par le haut, soit l’Etat, mais repose sur une logique d’organisation collective par en bas et à gauche -c’est leur formule- où se construisent les solutions politiques et sociales à partir des communautés elles-mêmes[9]. Les zapatistes tracent une opposition entre l’en haut, l’exercice du pouvoir d’Etat où l’autorité est centralisée et l’en bas, le processus décisionnel fondé sur des assemblées communautaires[10]. J’y reviendrai un peu plus loin.

Le contexte politique mexicain dans lequel surgit l’EZLN à la fin du XXème siècle rappelle le début de ce même siècle où le dictateur Porfirio Díaz gouvernait le Mexique avec le slogan « orden y progreso ». Il encensait la « modernité » du pays, c’est-à-dire sa proximité avec l’Europe, surtout la France, et où les indigènes paysans mouraient de faim et d’humiliation dans l’exploitation menée dans les grandes haciendas y fincas du pays. Le 1er janvier de 1994, le Mexique s’apprêtait, telle une mariée maquillée et bien coiffée, à épouser le dit premier monde et sa supposée modernité avec le traité du libre-échange, le fameux TLCAN (ALENA pour les sigles en français). Traité qui, surtout pour les indigènes représentait, « une condamnation à mort », « le début d’une massacre internationale ». Le soulèvement zapatiste, premier mouvement armé de libération postérieur à la chute du mur de Berlin, trouble bien la fête des néolibéraux et dévoile ce qui se trouvait derrière le maquillage : la faim et la pauvreté des indigènes invisibilisés, certes, mais surtout leur résistance issue de 500 ans de luttes.

La guerre militarisée entre l’EZLN et l’armée fédérale dure 12 jours. On passe du feu à la parole : de la confrontation armée à la négociation avec le gouvernement fédéral et la publication des communiqués[11] signés par le CCRI-CG (le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène-Commandement général) et des textes politico littéraires de Marcos ; celui-ci reste Sous-commandant Marcos jusqu’à 2014 année où il se transforme en sous-commandant Galeano – en hommage à un compagnon zapatiste assassiné par les paramilitaires – et en 2023 il devient capitán insurgé Marcos. Capitán qui est un abaissement délibéré du rang dans la structure militaire zapatiste.

Alors, concernant, la singularité et le décalage que j’évoquais plus haut, j’aimerais donner un exemple très simple mais représentatif et qui peut nous mettre sur la piste de ce pourquoi le zapatisme est toujours vivant. Mais pour cela il faut que j’évoque avant un trait traditionalo-quotidienno-populaire des mexicains : lorsqu’on arrive à México city par l’autoroute du sud (plus ou moins le même chemin qu’aurait pris Emiliano Zapata lors de la révolution de 1910), on s’arrête systématiquement toutes et tous, quasiment toutes classes sociales confondues, pour manger des délicieuses quesadillas, sopes, pambazos, tacos, bref de la bonne bouffe au lieu-dit « Tres Marias », un ensemble de stands de nourriture typique mexicaine. Eh bien, lors de l’une des premières interviews orales du sous-commandant Marcos, il souligne avec beaucoup de sérieux que la décision avait été prise, en assemblée, de déclarer la guerre au gouvernement oppresseur, de faire valoir l’article 35 de la constitution mexicaine qui stipule la possibilité de révoquer le gouvernement par une « consultation populaire » et d’avancer jusqu’à la capitale du pays, depuis le Chiapas, depuis le sud-est du pays. Or, ce qu’il n’avait pas encore été décidé, ce qui restait encore en suspens et était toujours débattu en assemblée, c’était si, sur le chemin, ils allaient s’arrêter à Tres Marias pour manger des tacos. Il dit cela avec une cartouchière de balles de carabine croisée sur son poncho noir et son passe-montagne ; il le déclare après des jours d’affrontement entre l’armée mexicaine et l’armée zapatiste. Ça désarçonne l’Autre, le révolutionnaire n’est pas là où on l’attend, là où le système symbolique de la culture l’attend. Marcos ne s’identifie pas à lui-même : « Marcos ? » dit lors d’une autre interview « je ne sais pas qui c’est (…) peut être un passe-montagne au nez saillant »[12]. Les révolutionnaires ne s’identifient pas au statut ; les zapatistes ne s’identifient pas aux zapatistes, ils affirment : « Le zapatisme n’est pas, n’existe pas. Il se contente de servir, comme servent les ponts, pour traverser d’un côté à l’autre (…) Le zapatisme n’appartient à personne, et pour cela, il est à toute le monde[13] ». C’est un premier trait qui révèle leur « mode », lequel ne s’inscrit surtout pas dans la croyance au moi autonome. Ce moi narcissique qu’examine minutieusement Lacan dans le séminaire II[14]. L’autodétermination dont il est question ici n’a rien à voir avec une quelconque identification spéculaire. Dès nos jours, la pensée dominante en psychanalyse ramène toute « autodétermination » au narcissisme[15].

La subjectivité zapatiste n’implique pas le moi autonome puisqu’elle ne suppose pas un psychisme clos, définit, figé, identitaire et individuel. Elle est surtout considérée comme indéfinie et ouverte, en suspens et en devenir[16]. Au fond, ils l’appellent plutôt le « commun » : un « tout » où « chaque partie a son qui, son quoi, son quand, son comment. Chaque pièce du puzzle est nécessaire (…) chaque personne est ce qu’elle est et ne cesse pas de l’être mais elle devient commune pour construire quelque chose, un tout qui bénéficie aux parties sans les subordonner, les coopter, les recruter, leur faire la leçon, les absorber »[17]. Le sujet zapatiste est irréductiblement communautaire et qualitatif.

Je dégage cette possible définition de la subjectivité de l’un de textes de Marcos de 2025 « Le commun sur le flanc d’une montagne », mais en réalité leur conception de la subjectivité est éparse, éparpillée dans beaucoup de leurs textes. Ils ne s’amusent pas du tout à formaliser des définitions claires et distinctes dans un discours, les zapatistes ne sont pas du tout cartésiens.

Leur conception de la subjectivité est énoncée surtout dans des formules qui ne sont pas séparées de leur pratique politique, de leur organisation sociale, de leur rapport à la terre. Au fond, il s’agit surtout de cela, du rapport à la terre, d’où leur nom. Si Emiliano Zapata a fait la révolution, avec d’autres, au début du XXe siècle contre le dictateur Díaz, c’était pour défendre et mettre en acte ce que : « la tierra es de quien la trabaja », « la terre à ceux (et celles) qui la travaillent ». Notons que le verbe « appartenir » n’apparaît pas, ce n’est pas « la terre appartient à ceux qui la travaillent ». Pour les indigènes, la terre n’est pas conçue comme une propriété privée, mais comme un commun. Si appartenance il y a, ce n’est pas de la terre aux paysans mais des paysans à la terre. C’est d’ailleurs une distinction entre de ce qu’on appelle le Sud global et le Nord global qui ne sont pas des zones géographiques mais de manières sociales d’habiter le monde car la distinction concerne le lien à la terre: soit à partir de la question de la propriété privé, de la possession, de l’appartenance, soit à partir de la question du lien organique et vital à la terre. Il est question ici d’une « autre géographie », une géographie plutôt « simplifiée » : « il y a un en haut et un en bas »[18]. Mais cette simplification n’implique pas homogénéité ni platitude. Le Sud Global, soit le Sud Social, « digne et rebelle », est en bas, le Nord social est en haut. Ce qui veut tout simplement dire que ceux qui « vivent dans le Sud » social « sont en bas » mais peuvent se trouver du côté de la zone géographique du Nord, et vice-versa. D’ailleurs, le Mexique se situe dans le Nord géographique mais il fait partie du Sud digne et rebelle et pourtant à l’intérieur du pays, on trouve aussi le Nord social, un modèle orienté par le marché et la propriété privée où la terre peut être vendue, louée transformée en marchandise. Justement l’ALENA était là pour essayer de rendre le crime parfait : inscrire le pays politiquement, économiquement, culturellement au Nord global ce qui revient à dire : l’arracher de ses liens à la terre pour le soumettre à la tyrannie de l’argent et de la productivité.

Le mouvement zapatiste surgit pour empêcher cela. Les indigènes mayas se mettent en route, plutôt en chemin. Ce signifiant de « chemin » qui est présent dès leur apparition en tant que EZLN, est très important pour le mode zapatiste. Ils insistent pour dire qu’aucun chemin n’est là d’emblée, il se crée en le cheminant mais les zapatistes vont au-delà du fameux poème d’Antonio Machado[19] car ce n’est pas juste un chemin par lequel on chemine mais le chemin nous chemine nous-même et il nous transforme[20].

Sur ce chemin, les zapatistes forgent leur conception de la subjectivité trouvée de manière dispersée dans la parole de l’EZLN à travers des principes fondamentaux du mouvement, des formules dialectiques telles que : mandar obedeciendo » « diriger en obéissant[21] », « detrás de nosotros estamos ustedes[22] , « derrière nous, vous sommes[23] » et « todos somos iguales porque todos somos diferentes », « nous sommes tous égaux parce que nous sommes tous différents »[24]. Ces principes incarnent l’imbrication entre l’individuel et le collectif[25], la subjectivité et la politique, l’Un et l’Autre, l’Indien et l’Européen, le même et l’étranger.

C’est le défi qu’ils lancent à la société[26] mexicaine d’abord mais au monde entier ensuite, proposant une sorte de théorie du miroir : derrière le passe-montagne des zapatistes qui énoncent la formule « derrière nous, vous sommes », nous nous découvrons nous-mêmes, ils sont ce que nous sommes. Mais en même temps nous les découvrons, eux au-delà de nous car ils ne cessent pas d’être eux-mêmes tout en étant nous[27]. La civilisation maya des Indigènes chiapanèques reste une civilisation radicalement autre qui dépasse toute connaissance sociologique, anthropologique, psychologique que nous pouvons avoir sur elle. Et pourtant tout en regardant l’Indigène, l’autre, nous pouvons nous découvrir nous-même[28]. Il ne s’agit pas d’un miroir spéculaire, l’autre n’est pas une surface narcissique de mon amour ou de ma haine. La société mexicaine se voit reflétée dans le miroir présenté par les zapatistes et en même temps elle réussit à entrevoir quelque chose qui la transcende. L’EZLN nous présente quelque chose d’ex-time[29] : cela dégage la double impression d’être aussi propre qu’étranger, aussi familier qu’énigmatique, aussi intime qu’appartenant à un autre radicalement différent de l’un[30].

Pyramides du pouvoir

Je vais me concentrer maintenant sur leurs dernières interrogations portant sur « les pyramides du pouvoir » : en haut de la pyramide se trouve la « bouffonnerie de la classe politique nationale et internationale », c’est-à-dire le pouvoir d’Etat ; en bas, le commun, celles et ceux qui « ne regardent pas vers le haut (…) mais qui, en se voyant dans les autres hommes, les autres femmes et les autres, se trouvent eux-mêmes »[31]. Dans L’orientalisme Edward Said formule aussi une idée similaire autrement : il s’agit de « s’identifier à l’expérience humaine[32] » [33].

Les zapatistes critiquent les propositions qui visent à inverser la pyramide, c’est-à-dire à mettre « ceux d’en bas » en haut. Ils ne luttent pas pour retourner, inverser l’ordre établi, mais pour le détruire, détruire les « foutues pyramides », pour les aplanir. Cet aplatissement entre une nouvelle fois en résonnance avec l’analyse développée par Edward Said dans L’orientalisme.

Ce livre “partisan” qui « n’est pas une machine théorique[34] » fini avec l’espoir de son auteur d’« avoir démontré que la réponse à l’orientalisme n’est pas l’occidentalisme[35] ». Pour Said le remède ne se trouve pas dans l’inversion de la pyramide orientaliste : la solution libératrice n’est pas celle de produire un savoir arabe ou oriental érudit avec l’objectif d’en faire un usage politique pour dominer l’occident (ainsi que l’occident l’a fait et le fait avec ce qu’il nomme « l’Orient »). La thèse de Said, c’est de se libérer de « toute camisole idéologique », de « toute pensée destinée à dominer », de toute science « historiquement satisfaite d’elle-même[36] », de toute « affirmation d’identités antithétiques et désespérément antagonistes[37] ».

Il est vital de détruire les pyramides car leur simple inversion a recours à une nouvelle « création d’ennemis virtuels »[38], c’est-à-dire la création d’un autre dont la différence est inévitablement mauvaise, nocive, perverse et de cette manière il est nécessaire de le dominer, voire de l’éliminer.

Dans toute pyramide, il y a une logique dans laquelle au sommet il y a le pouvoir de « celui qui commande » et à la base l’humiliation de « ceux qui obéissent ».[39] Depuis le sommet se construit « quelque chose comme « l’algorithme » de la société », soit, toute « une série de croyances et des références pour le bon et le mauvais, le beau et le moche[40] ». Dans la cime de toute pyramide, les possibilités se réduisent aux options déjà décidées par le pouvoir : nous ne pouvons pas nous représenter ni nous penser qu’à partir de ce qui est d’emblée validé et ratifié par l’ordre établit.

Prenons trois pyramides différentes : l’orientalisme, l’indigénisme et le psychologisme. Elles relèvent toutes les trois de la même logique : elles constituent des systèmes qui construisent un « autre » depuis une position de pouvoir et produisent des représentations qui renforcent les stratifications politiques, sociales et subjectives.  

Dans la pyramide orientaliste, celui qui a le pouvoir, commande, est bon et beau, c’est la civilisation européenne qui se considère démocratique, tolérante, cultivée, virtuose, normale, mature et raisonnable ; celui qui doit obéir, est mauvais et moche, c’est le monde oriental qui est considéré comme un tout indifférencié dans lequel il n’y a sinon despotisme, autoritarisme, barbarie, terrorisme, irrationalité, infantilisme, passion (parmi tout un tas de de traits comme la cruauté, la perversité, le sadisme, la lascive, le chaos, le désordre, l’hostilité, le mensonge, l’intolérance et un long etcétéra).

Dans la pyramide indigéniste, celui qui est en haut, est beau et bon, c’est le « non-indien » nommé en maya tzotzil « Caxlán », c’est le blanc, le métis associé à la culture européenne, il commande, il a le savoir, il est moderne puisqu’il est blanc et parce qu’il est blanc, il est beau ; en bas, il y a l’indien, mauvais, moche, arriéré, ignorant, flemmard, « éternel enfant » et toujours « citoyen en formation »[41]. Dans l’indigénisme assimilationniste, la logique pyramidale peut prendre des formes bien plus sophistiquées : les gouvernements mexicains (de droite comme de gauche) peuvent exalter le folklore et la grandeur des civilisations préhispaniques[42], c’est-à-dire les Indigènes morts tandis qu’ils dévalorisent, rejettent et humilient les Indigènes bien vivants des communautés actuelles.

Dans la pyramide psy : le pouvoir et le savoir sur le sujet est du côté du médecin, du psychiatre, du neuroscientifique, du psychologue cognitiviste et comportementaliste conduit par le DSM qui tente d’objectiver le sujet. Le psychologue se donne pour mission de l’améliorer, le décrire, le changer. Le pouvoir peut se trouver  également du côté du psychanalyste dogmatique qui plaque au sujet qui vient lui parler  des théorisations formelles et abstraites, des mystifications académiques freudiennes ou lacaniennes ; en bas, le sujet qui se décale de la norme est réduit à n’être qu’un individu objectivable avec un trouble ou un potentiel classifié dans le DSM ou dans la CIM ; ou bien, il est réduit à n’être qu’un profil cognitif avec ses forces et se faiblesses évaluées dans les bilans neuropsychologiques. Le sujet se trouve du côté de l’impuissance, de l’incapacité, de la faiblisse et de l’impossibilité absolue de savoir ce qui lui arrive.

L’inversion de la pyramide reproduit les logiques de domination dans lesquelles la stratification sociale reste intacte : ceux du sommet commandent, ont le pouvoir et le savoir, dominent, produisent des idéologies, théorisent, s’organisent, nomment, délimitent et domestiquent l’autre qu’ils créent eux-mêmes ; ceux d’en bas obéissent, sont dominés, exécutent des ordres, pâtissent des idéologies, sont théorisés, organisés, délimités, nommés, représentés et domestiqués par l’un.

De cette manière, dans l’inversion des pyramides, les nouveaux qui se trouvent en haut enflamment la peau noire contre la peau claire, l’originaire contre le métis, l’oriental contre l’européen, le fou contre le raisonnable, le patient contre le psy, la psychanalyse contre les TCC ou les neurosciences[43].

Dans cette rotation mécanique de 180 degrés, il n’y a que « la relève des contremaîtres » et pire encore « une tentative de « démocratiser » le cynisme et la bêtise[44] ».

Tout au long de leur cheminement, les indigènes zapatistes remarquent l’impossibilité d’esquiver, de contourner la destruction de leur propre pyramide. Depuis sa nomination comme porte-parole et principal chef militaire de l’EZLN en 2013, le sous-commandant insurgé Moisés n’a pas élu un « second en commandement », c’est-à-dire « qu’il n’a pas cherché une seule relève mais plusieurs[45]. » Moisés a aplatie ainsi la pyramide militaire zapatiste. Cet aplatissement est, comme le « commander en obéissant », un « procès » et ne tombe pas sous la juridiction du « décret[46] ». Depuis le surgissement de l’EZLN en 1994 ce principe du « commander en obéissant » soutien l’édifice démocratique de la proposition politique du zapatisme : « s’organiser pour « retourner » la logique de « la politique partisane » et construire ainsi « une nouvelle nation » dans laquelle les citoyens « s’unissent par l’histoire et par le devenir de cette histoire »[47]. Ce processus est une marche mais non pas vers un futur radieux car, dans le mode zapatiste, on lutte et on marche, tout en sachant que « il manque toujours ce qu’il manque »[48]. Dans l’aplatissement de la pyramide, l’autorité permet à la communauté d’établir une relation avec elle-même, ici le « commandement » n’est plus possession du pouvoir, il devient « dignité humaine », celle qui intervient dans le mode de gouvernement autonome qui vient des « plusieurs siècles de résistance indiennes.[49] ». La communauté commande mais c’est aussi elle qui obéit. C’est une topologie où il n’y a pas une séparation entre celui qui commande et celui qui obéit. Mais si cela est ainsi, c’est parce qu’il s’agit d’une autorité, d’un commandement à qui il manque toujours quelque chose[50]. Sur le chemin et la lutte zapatistes le commandement ne cesse pas d’avoir été aplatie, castré, divisé, c’est un commandement incomplet, pas-tout, jamais satisfait de lui-même, jamais autosuffisant.[51]

Le processus du « commander en obéissant » est l’une de différentes manières d’écraser les pyramides. En 2005, l’EZLN réalise l’une de ses multiples autocritiques : il remarque que sa « partie politico-militaire » se mêle « des décisions qui correspondent aux autorités démocratiques, pour ainsi dire « civiles ». Dans la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandonne[52], ils affirment : « il ne doit pas arriver que ce qui doit être démocratique soit décidé militairement, ça doit être à l’envers : c’est-à-dire qu’en haut, commande le politique démocratique et en bas le côté militaire obéit[53] ».

Nous avons ici l’inversion pure de la pyramide : un sommet démocratique et une base politico-militaire. Tout en reconnaissant que cette base « n’est pas démocratique[54] » puisqu’il s’agit tout simplement d’une armée avec une hiérarchie pyramidale assumée. Or vingt ans plus tard, Moisés aplatie aussi cette pyramide militaire (car il ne choisit pas un second en commandement mais plusieurs) et cet aplatissement semble reconfigurer avec plus de radicalité la logique du pouvoir et de l’autorité. Comme si les lieux du commandement et de l’obéissance n’existaient plus. Cependant, ils ne cessent pas d’être présents : les commandants et commandantes restent les autorités du CCRI- CG (Comité Clandestin Révolutionnaire Indien), le sous commandant Moisés reste le porte-parole et principal chef militaire du Commandement Général (CG) du mouvement, Marcos est toujours capitán, les miliciens et les insurgés ne cessent pas d’avoir des fonctions politiques différentes des commandants et les bases d’appui restent les communautés civiles qui ne sont pas forcément des combattants armés mais qui peuvent l’être ; elles s’autogouvernent à travers des assemblés communautaires où il y a toujours des autorités avec une rotation de responsabilités et sans salaire.

Les autorités sont présentes, les différences de fonction aussi mais il n’y a plus de sommet et de base, la partie politico-démocratique commande et la partie militaire obéit, l’un et l’autre sont en bas et à gauche, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’EZLN, à l’intérieure de l’armée comme dans son lien aux communautés.

Depuis plus de 30 ans les zapatistes soumettent à la critique et l’autocritique leur propre méthodologie, leur pratique, leurs formules langagières, leur organisation sociale et politique, leur hiérarchie militaire. C’est une tentative constante pour que leur lutte réponde « toujours à la matière et non à des doctrines préconçues[55] » comme le propose Said dans L’orientalisme. C’est aussi une tentative permanente de ne pas réifier les sujets, de ne pas pétrifier le zapatisme, de ne pas l’institutionaliser. Le zapatisme se zapatise et s’applique à lui-même ce qu’il applique à l’ennemi, soit la « pyramide mère[56] »: le capitalisme.

Comme le dit le sous-commandant Moisés : « depuis 30 ans  nous apprenons ce qui veut dire être autonome, c’est-à-dire que nous nous autodirigeons, nous nous autogouvernons[57] ». Ils critiquent et s’opposent à toute possibilité d’indigénisme assimilationniste, le zapatiste nous dit que dans « l’autonomie, il s’agit de faire (…) et nous devons le faire nous en tant que peuple (pueblos) et il ne faut pas attendre que quelqu’un d’autre vienne le faire pour nous[58]. » Avec les autodésignées « Conseils de Bon Gouvernement »[59], crées en 2003 dans chaque Caracol[60], c’est-à-dire dans les communautés zapatistes autonomes, les zapatistes apprennent « de manière cahoteuse » (« a los tropezones ») à se trouver et à s’organiser « à penser et à dire, à proposer, à discuter, à étudier, à analyser et à décider » par eux-mêmes. De la sorte, ce sont ceux que les indigénistes désignent comme « ignorants et arriérés » qui font « théorie et pratique ».

Sur ce chemin, ils reconnaissent que « le principal problème » de ces formes non-étatiques que furent les Conseils de Bon Gouvernement, c’était « la foutue pyramide »[61] ; soit, la logique du pouvoir endiablée, méthode de ce qui sont en haut, qui à l’intérieur même de l’organisation politique zapatiste a également « séparé les autorités du peuple » et ceci même si les membres du « Bon Gouvernement », c’est-à-dire les autorités des communautés, n’étaient pas des spécialistes de rien et surtout pas techniciens de la politique.

Ainsi, Moisés souligne qu’ils ont vu qu’ils « gouvernaient aussi en pyramide ». Etant donné que l’autonomie et le « commander en obéissant » ne relèvent pas de la théorie, il fallait continuer à chercher : c’est « le peuple lui-même » dit Moisés qui « a à chercher son chemin, son mode, son temps[62] ».

En reproduisant la logique pyramidale, les Conseils de Bon Gouvernement ne pouvaient pas être « moralisés », « humanisés » ou « régulés »[63]  par le zapatisme, il fallait les détruire ainsi qu’il est nécessaire de le faire avec le capitalisme. Il n’est pas possible de moraliser, d’humaniser ni de réguler un système qui transforme tout ce qui est vivant en quelque chose de mort, il est nécessaire de le détruire. Ainsi, les Conseils de Bon Gouvernement ne disparaissent pas pour créer une nouvelle reproduction de la structure endiablée, la dernière trouvaille du zapatisme est celle de tronquer le sommet de la pyramide.

Comme psychanalystes, comme psychologues, nous avons à nous questionner constamment sur ce qui nous permet d’écouter le sujet qui vient consulter, au cabinet ou en institution. Quels sont les critères qui soutiennent notre écoute et nos interventions. Ce qui revient à se poser cette question : comment considérer cet autre différent de nous. L’écoutons-nous à travers une doctrine, une théorie, des sensations corporelles, de marqueurs biologiques ou de l’observation de son comportement ? le pensons-nous comme un « autre » à étudier ou comme un autre à écouter ? Nous pouvons dire que la réponse lacanienne, c’est que nous l’écoutons comme sujet qui sera advenu dans l’acte de parole. Mais tout de même la question se pose toujours, car en réalité toute l’œuvre de Freud et de Lacan est là pour y répondre.

Edward Said pose des questionnements similaires dans L’orientalisme concernant la rencontre entre cultures. L’orientalisme, compris comme un discours spécialisé sur « l’Orient », constitue, nous dit-il une « forme de pensée qui traite de l’étranger[64] », de l’autre, de l’extérieur ; il présente « de façon caractéristique la tendance regrettable de toute science fondée sur des distinctions tranchées qui est de canaliser la pensée dans un compartiment, « Ouest » ou « Est[65] ». Pour sa part, le DSM canalise la pensée dans des items de diagnostic compartimentés. Ces distinctions tranchées se produisent depuis l’en haut, depuis le pouvoir qui suit une logique pyramidale, soit la structure de formes de domination. Les zapatistes, comme le penseur palestino-étasunien – et une certaine psychanalyse – s’inscrivent contre toute essentialisation dichotomique.  Mais, les indigènes vont un peu plus loin : ils reconnaissent qu’ils n’ont eux-mêmes pas échappé à la « foutue pyramide ».

Il y a donc une sorte de « pousse-à-la-pyramide » qui concerne le rapport du sujet au savoir, au pouvoir, à l’autorité, à la jouissance, à l’idéalisation, à l’identification imaginaire.

Ce serait une poussé vers la jouissance du pouvoir, une sorte de conviction délirante, de construction sociale qui donne cohérence à un monde et à un seul : le monde capitaliste dans sa phase néolibérale. Ce « pousse-à-la-pyramide » est une dynamique politico-subjective où le monde se construit à partir de la confiscation des richesses, bien sûre, mais aussi de la confiscation des identités, des différences et des particularités. C’est le monde des Etats-Nations qui imposent « une homogénéité et une hégémonie »[66] et où « tout contribue à supplanter, par une imposition violente, les différences de couleur, de race, de langue, de genre, et évidemment, de position sociale, d’histoire et de culture »[67].

La « pyramide se croit éternelle, puissante et indestructible »[68] elle ne l’est en revanche que dans le « pousse-à-la-pyramide ». Parce qu’il y en qui ne succombent pas à cette poussée car ils la reconnaissent, et luttent constamment contre elle. Malgré son supposé succès néolibéral, le capitalisme ne parvient pas à s’emparer totale et définitivement de la subjectivité. Les indigènes du Chiapas résistent. Ils rendent instable toute logique pyramidale. Comme le sujet de l’inconscient rend incertaine toute classification car il est toujours hors-normes.

Je conclus en disant que des approches comme l’orientalisme, l’indigénisme ou encore le psychologisme - voire le lacanisme - prétendent étudier, comprendre et connaître l’autre, mais parlent en réalité surtout d’elles-mêmes : de leurs catégories, de leurs intérêts et de leurs préoccupations. Elles cherchent leur propre confort au prix de la domination et la domestication de cet autre qui dérange et qu’elles objectivent et méconnaissent.

En contrepoint, les zapatistes, tout en parlant d’eux-mêmes nous renvoient aussi quelque chose de nous : lorsqu’ils se pensent, se constituent, s’organisent et se représentent, les indigènes nous parlent en même temps de la richesse de la diversité humaine et de ses difficultés qui sont aussi les nôtres. L’expérience zapatiste est profondément ancrée dans un réel indien, la lutte zapatiste est indienne mais pas seulement, elle est à la fois cela et autre chose : elle nous concerne en tant que lutte pour l’humanité et pour la vie.

Bibliographie

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Marcos. “3 Postscriptum V – A propos de chats et de pyramides.” 10 juillet 2025. Consulté en juillet 2025
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Marcos. “El común contra las cajas mortales y las pirámides.” 27 juillet 2025. Consulté en juillet 2025.
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Marcos. “Participación al semillero de pirámides de historias de amores y claro desamores.” 30 Décembre 2025. Consulté en février 2026
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Marcos. “De gatos y pirámides.” 10 Juillet 2025. Consulté en Juillet 2025 Enlace Zapatista.
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Moisés. “Acerca de las pirámides y sus usos y costumbres. Conclusiones del análisis crítico de MAREZ y JBG.” Novembre 2023.
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Pavon-Cuéllar, D. (2023) « La psychanalyse au Mexique entre 1919 et 1923 ». Dans Boni, L. et Mendelsohn, S. (dir.) Psychanalyse du reste du monde. Géo-histoire d’une subversion (pp. 61-76). Paris : La Découverte.

Said, Edward W. El orientalismo. Paris: Seuil, 2005.

 

[1] L’objet de recherche peut paraître extravagant, il s’inscrit cependant dans l’histoire de la réception de la psychanalyse au Mexique. Comme l’a montré  David Pavón-Cuéllar, philosophe et psychologue mexicain, l’un des facteurs déterminants de l’accueil de Freud au Mexique réside dans « la condition métisse de la subjectivité » mais aussi dans « la subsistance latente, dans la culture hybride mexicaine, de conceptions indigènes de la sphère subjective qui se rapprochent mystérieusement de la notion freudienne du sujet soulignant le désir et la singularité de chacun, en reconnaissant la division subjective, en ne dissociant pas le somatique du psychique, en cherchant la guérison par les mots, en écoutant le sujet et en se méfiant de son objectivation ». Pavon-Cuéllar, D. (2023) « La psychanalyse au Mexique entre 1919 et 1923 ». Dans Boni, L. et Mendelsohn, S. (dir.) Psychanalyse du reste du monde. Géo-histoire d’une subversion (pp. 61-76). La Découverte.

[2] Je travaille aussi cette question dans un article publié en espagnol dans la revue « Teocripsi » intitulé « Del amo al ¿tú qué? Reflexiones sobre la lógica del poder –orden imaginario de la psicología de las masas de Freud– y la lógica de la incompletud –orden real de la subjetividad zapatista (EZLN)” numéro 23 (2025) “Psychanalyse et peuples originaires”:

https://www.teocripsi.com/ojs/index.php/TCP/article/view/467/442

Cet article est traduit en français, il a été envoyé par mail par le Collectif de Pantin comme matériel de préparation à la séance.

[3] L’EZLN, Ejército Zapatista de Liberación Nacional, (Armée Zapatiste de Libération Nationale), se soulève en armes contre le « mauvais gouvernement » mexicain, le 1er janvier de 1994 au Chiapas, au sud-est du Mexique. C’est exactement le même jour où entrait en vigueur l’Accord de Libre Echange Nord-Américain (ALENA), signé entre les Etats Unis, le Canada et le Mexique. Ce traité est l’un des accords commerciaux le plus représentatif du capitalisme néolibéral globalisé. L’EZLN, créé 10 ans avant le soulèvement de 1994, proteste contre les inégalités massives au Mexique et se présente comme un « produit de 500 ans de luttes ». Composé majoritairement par des indigènes issus de différentes communautés maya du Chiapas au Mexique, l’EZLN exige : « du travail, de la terre, un toit, de l’alimentation, de la santé, de l’éducation, de l’autonomie, de la liberté, de la démocratie, de la justice et de la paix ». (EZLN, 1994a).

[4] Ils luttent surtout pour la « Démocratie, la liberté, la justice », c’est la fameuse formule avec laquelle ils signent tous leurs communiqués et leurs documents. Or, lors de la première déclaration de la forêt lacadone, ils exigent : « du travail, de la terre, un toit, de l’alimentation, de la santé, de l’éducation, de l’autonomie, de la liberté, de la démocratie, de la justice et de la paix »

[5]“Acerca de las pirámides y sus usos y costumbres. Conclusiones del análisis crítico de MAREZ y JBG. (Fragmento de la entrevista hecha al Subcomandante Insurgente Moisés en los meses de agosto-septiembre del 2023, en las montañas del Sureste Mexicano”. Noviembre 2023:

https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2023/11/14/decima-parte-acerca-de-las-piramides-y-sus-usos-y-costumbres-conclusiones-del-analisis-critico-de-marez-y-jbg-fragmento-de-la-entrevista-hecha-al-subcomandante-insurgente-moises-en-los-meses-de-ag/

[6] Guérillas telles que « Sendero luminoso », de tendance Maoïste radicale, au Perou, ou le « Frente Sandinista de Liberación Nacional », socialiste révolutionnaire, de Nicaragua. Lors de l’une de ses premières interviews, les sous-commandant Marcos déclare : « Nous ne voyons pas la lutte armée dans le sens classique des guérillas antérieures, c’est-à-dire la lutte armée comme une voie unique, comme une vérité unique et toute-puissante autour de laquelle tout venait s’agglutiner ; nous avons toujours considéré, dès le début, la lutte armée comme faisant partie d’une série de processus ou de formes de lutte qui évoluent : parfois l’une est plus importante, parfois c’est une autre qui l’est davantage. » Interview à Marcos, 4 février 1994 : https://enlacezapatista.ezln.org.mx/1994/02/04/entrevista-con-la-jornada-subcomandante-marcos-lo-decisivo-en-una-guerra-no-es-el-enfrentamiento-militar-sino-la-politica-que-se-pone-en-juego-en-ese-enfrentamiento/

 

[7] CCRI instance politique des commandants et commandantes, un terme non exclusivement militaire. Son rôle a été, par exemple, les dialogues avec le gouvernement (Cathédrale en février 1994, Selva en janvier 1995, dans ces deux avec la présence de Marcos), les négociations de San Andrés, d’avril 1995 à février 1996 ou avec les Chambres parlementaires le 28 mars 2001 (conversations auxquelles Marcos n’a pas participé) ; l’organisation de la Marche de la couleur de la terre en février-mars 2001 ; des consultations et marches, celles des Aguascalientes et de la Convention nationale démocratique d’août 1994 à Guadalupe Tepeyac, et la transformation des Aguascalientes en Caracoles.

[8] Les Fuerzas de Liberación Nacional, dirigées alors par le commandent Rodrigo.

[9] Dans la « sixième déclaration de la Forêt Lacandone », ils déclarent : il ne s’agit pas de résoudre  depuis l’ en haut les problèmes de notre Nation, mais il s’agit de construire depuis l’en bas et par le bas une alternative à la destruction néolibérale, une alternative de gauche pour le Mexique »

[10] “Ellos y Nosotros. La Sexta” Javier 2013, https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2013/02/06/eux-et-nous-v-la-sexta/

[11] Tradition au Mexique qui remonte aux rébellions et insurrections du XVIII au XX siècle, y compris lors de la révolution de Zapata.

[12] Entrevista à Marcos, 4 février 1994. https://enlacezapatista.ezln.org.mx/1994/02/04/entrevista-con-la-jornada-subcomandante-marcos-lo-decisivo-en-una-guerra-no-es-el-enfrentamiento-militar-sino-la-politica-que-se-pone-en-juego-en-ese-enfrentamiento/

[13] Marcos, “El zapatismo no es” en EZLN: Documentos y comunicados, vol. 3 (México: Era, 1997) 274

[14] Lacan, J. (1954-1955). Le Séminaire. Livre II. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique psychanalytique. Paris : Seuil, 1978.

[15] Comme on le verra plus bas, l’autodétermination zapatiste n’est pas conçue comme un déni de l’Autre ni un déni de l’inconscient.

[16] Cf. Mentinis, M. et Pavón-Cuéllar, D., (2020). Zapatismo y subjetividad: más allá de la psicología. Morelia, México: Universidad Michoacana de San Nicolás de Hidalgo et Ediciones Cátedra libre.

 

[17] Marcos, “El Común en la falda de una Montaña”, 7 juin 2025. https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/06/07/el-comun-en-la-falda-de-una-montana-un-quirofano-en-la-selva-lacandona/

[18] “Otra geografía”, 01 marzo 2003, https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2003/03/01/otra-geografia/

[19]« Marcheur, il n’y a pas de chemin, il se construit chemin faisant ».  Il s’agit d’un fragment (XXIX) dans la série de « Proverbios y Cantares », du livre Campos de Castilla, 1917.

[20] Dès le début, l’idée de la construction du chemin est présente, un chemin politique et culturelle fondé sur l’écoute et la parole, la pensée critique et l’action collective. Il s’agit d’un chemin qui n’est pas là d’emblée, il n’est pas désigné par l’Un tout seul du pouvoir mais surtout « ce n’est pas juste un chemin par lequel tu chemines mais le chemin te chemine toi-même, jusqu’au point qu’une communauté puisse dire « j’ai cheminé les zapatistes » (documentaire intitulé « Caminantes », Marcheurs (de Aranoa, F., 2001). C’est ainsi que nous l’écoutons dans un très juste documentaire qui donne la voix à l’une des communautés purépechas par laquelle passe l’EZLN lors de la Marche pour la dignité indienne, en 2001.

[21] EZLN (1994b). Mandar obedeciendo. Dans Documentos y Comunicados. México: Era.

[22] EZLN (1996b). “Inauguración del encuentro intercontinental”. Dans Documentos y Comunicados 3. México: Era, 1998.

[23] Je tiens à remercier vivement François Labes (et les siens), psychiatre, qui, à la suite de mon intervention, m’a proposé cette traduction de la formule zapatiste, que je tiens pour la plus fidèle à ce qui se dégage de l’espagnol. S’y fait entendre, je trouve, une poésie issue de la dissonance grammaticale (présente également en castillan), mais qui n’en incarne pas moins une dialectique.  D’autres propositions ont été faites dans l’après-coup qui souhaitent mettre l’accent sur la spatialité de la formule : « derrière nous, vous, y sommes ».

[24] Ibid.

[25] Comme nous le savons, c’est aussi une thèse freudo-lacanienne :

« La psychologie individuelle est aussi, d’emblée et simultanément, une psychologie sociale ». Freud, S., 1921, Psychologie des foules et analyse du moi.

« Le collectif n’est rien que le sujet de l’individuel ». Lacan, J. 1945, Les temps logiques et l’assertion de certitude anticipée. Ecrits, Seuil.

[26] Les « gens », la « société civile » car la plupart ne sont pas des partis politiques, mais des gens lambda (común y corriente), comme nous, des gens simples et modestes (humildes).

[27] « Et la première chose que nous avons vue c’est que notre coeur n’est plus comme avant, quand nous avons commencé notre lutte, mais qu’il était plus grand parce que nous avons touché le coeur de beaucoup de gens généreux. Et nous avons aussi vu que notre coeur était plus abîmé, plus blessé. Et non pas blessé par la tromperie des mauvais gouvernements, mais parce que quand nous avons touché les coeurs des autres, nous avons aussi touché leurs douleurs. Comme si nous nous étions vus dans un miroir » Sexta Declaración de la Selva Lacandona, juin 2005

[28] Nous retrouvons ici de résonances avec la réflexion de Meltem Kutahneci-Roger sur Pierre Clastres et la quête primitive lorsqu’elle lance la formule « les autres sont une solution avant d’être un problème ». Avec la différence suivante : pour les zapatistes, l’autre est un miroir, là où dans la pensée primitive, par exemple, « l’autre n’est pas un miroir, c’est un destin ». Consulté le 25 mai dans https://collectifdepantin.org/posts/pierre-clastres-et-la-quete-primitive-domination-anarchie-et-seconde-mort. Il serait intéressant de développer cette différence subtile.

[29] Dans la réflexion de Meltem Kutahneci-Roger sur Pierre Clastres et la quête primitive : « Le chef est laissé en dehors de cet ordre, mais dans une fonction indispensable à son équilibre, à une place extime, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, permettant une topologie psychique alternative où l’altérité constitue une dimension intime de la subjectivité ». Nous retrouvons une nouvelle fois des similitudes et des différences entre les peuples dits primitifs et les zapatistes.

[30] Ce qui ouvre une réflexion à articuler avec le concept de das Ding tel que Lacan l’étudie dans son séminaire sur l’Ethique et l’opération de la sublimation dont la formule est « élever un objet à la dignité de la Chose ». Lacan, Jacques. (1960). Le Séminaire. Livre VII. L’éthique de la psychanalyse. Paris : Seuil, 1991.

pp. 105-196

[31] Marcos, “3 Postscriptum” III – Postscriptum patriotique. Un cauchemar avec blason, hymne et drapeau (et bien sûre carte d’identité (CURP) biométrique », 2 juillet 2025 https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/07/02/3-posdatas-3-iii-posdata-patriotica-una-pesadilla-con-escudo-himno-y-bandera-y-claro-curp-biometrico/

[32] Ce qui pose tout de même un problème, puisque depuis la psychanalyse, la Chose, das Ding, « est définie par ceci qu’elle définit l’humain » (Lacan, J. Séminaire VII, p. 145). La définition que Lacan donne et de la Chose et de l’humain n’est autre que « ce qui du réel pâtit du signifiant » (Séminaire VII, p. 142 et 150). Comme la Chose, l’humain nous échappe toujours : Il y a une relation entre Sache et Wort, entre les choses et les mots, le Wort gouverne la Sache, le mot crée la chose, le signifiant signifie le signifié, le symbolique structure l’imaginaire. Les mots et les choses sont « étroitement liés », ils « font couple », tandis que « das Ding se situe ailleurs » (Séminaire VII, p. 58) [32]. La Chose est toujours ailleurs, elle nous échappe et elle ne cessera pas de nous échapper.

[33] Edward Said, L’orientalisme, trad. Catherine Malamoud (París: Editions du Seuil, 2005), 528.

[34] Ibid., 544.

[35] Ibid., 528

[36] Ibid., 524-525.

[37] Ibid., 544

[38] Marcos, “3 Postscriptum” V – A propos de chats et de pyramides,10 juillet 2025, https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/07/10/v-de-gatos-y-piramides/

[39] Au sommet, les dirigeants « n’écoutent que la voix du miroir que le pouvoir construit » pour eux-mêmes et pour « ceux qui le servent et l’idolâtrent » Marcos, “A a digna generación del 68” 1998. « Le pouvoir » qui « ne se regarde que lui-même » EZLN, 2003 se limite à « monologuer face au miroir Marcos, 1996 Marcos (1996b). « De árboles, transgresores y odontología”. Documentos y Comunicados 3. México: Era, 1998. spéculaire, narcissique.

[40] El Capitán, “De gatos y pirámides”, 10 de julio de 2025. Consultado en “Enlace zapatista”: https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/07/10/v-de-gatos-y-piramides/

[41] EZLN (1994). “Fuerza política en formación” En Documentos y Comunicados 1 México: Era, 1998, p. 112.

 

[42]   « Dans l’école des cadres de ces partis, c’est-à-dire dans la « mañanera», on répète encore et encore que le passé préhispanique fut splendide (en réalité, ils se réfèrent à leur adoration pour l’empire aztèque – qui fut cela, un empire). C’est pour cela qu’ils réécrivent l’histoire pour l’arranger à leur sauce » Marcos, “3 Postscriptum” III – Postscriptum patriotique. Un cauchemar avec blason, hymne et drapeau (et bien sûre carte d’identité (CURP) biométrique », 2 juillet 2025 https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/07/02/3-posdatas-3-iii-posdata-patriotica-una-pesadilla-con-escudo-himno-y-bandera-y-claro-curp-biometrico/

 

[43] Marcos donne d’autres exemples de l’inversion des pyramides indigéniste, sociale, patriarcal, de genre et nationaliste, les nouveaux qui se trouvent maintenant en haut : « enflamment le libéral contre le conservateur, celui du milieu contre celui d’en haut et celui d’en bas (…), l’originaire contre le métis, la femme contre l’homme, le trans contre l’hétéro (…), le latino contre l’english, celui d’une nation contre celui d’une autre, celui de n’importe quelle partie du monde contre le « gringo »

El Capitán, “De gatos y pirámides”, 10 de julio de 2025. Consultado en “Enlace zapatista”: https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/07/10/v-de-gatos-y-piramides/

[44] Ibid.

[45] Marcos. “Participación al semillero de pirámides de historias de amores y claro desamores”, 30 de diciembre del 2025. Video consultado en “Enlace Zapatista”: https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/12/30/transmision-en-vivo-de-la-quinta-sesion-del-semillero-de-piramides-de-historias-de-amores-y-claro-desamores-1800-horas/

[46] EZLN (2003). Mensaje del CCRI-EZLN leído en la marcha contra la guerra, enfrente a la embajada yanqui, ciudad de México el 12 de abril del 2003. Consulté en 2024 dans http://palabra.ezln.org.mx/comunicados/2003/2003_04_12.htm

[47] EZLN (1994). Al pueblo de México: hablaron los hombres verdaderos, los sin rostro. Mandar obedeciendo. Sous-commandant Marcos. Consulté en juillet 2023 dans https://enlacezapatista.ezln.org.mx/1994/02/26/al-pueblo-de-mexico-hablaron-los-hombres-verdaderos-los-sin-rostro-mandar-obedeciendo/

[48] Marcos (2014), “Entre la luz y la sombra”. Consultado en agosto de 2023 en: https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2014/05/25/entre-la-luz-y-la-sombra/

[49] EZLN (2005). Sexta Declaración de la Selva Lacandona. Consultado en septiembre de 2023 en https://enlacezapatista.ezln.org.mx/sdsl-es/

[50] Ce qui ouvre à tout un champ de réflexions et d’articulation avec  la théorie lacanienne – voire aussi kleinienne - du manque.

[51] Il semble important de souligner la différence entre « l’autosuffisance » du pouvoir au sommet et « l’autodétermination » de la base des communautés.  L’autosuffisance est du côté du moi autonome, s’inscrit dans cette folie qu’est la croyance dans le moi. Pousse à l’Un et à l’identité. L’autodétermination de la base prend appui sur le collectif qui n’est pas dépourvu d’Autre et des points d’extériorité.

 

[52] « Un accord avec des personnes et des organisations de gauche, parce que nous pensons que c’est du côté de la gauche politique où se trouve l’idée de résister contre la globalisation néolibérale ; c’est là que nous pouvons faire un pays où il y ait de la justice, de la démocratie et de la liberté pour tous »

 

[53]EZLN (2005). Sexta Declaración de la Selva Lacandona. Consulté en septembre 2023 dans en https://enlacezapatista.ezln.org.mx/sdsl-es/

 

[54] Ibid.

[55] Said, E. W. El orientalismo, 526.

“Car si l’orientalise a été, historiquement, trop satisfait de lui-même, trop isolé, pleine d’une confiance positiviste en se méthodes et en ses prémisses, l’ouverture à ce qu’il étudie en Orient ou à propose de lui peut être obtenue en soumettant sa propre méthode à la critique. C’est ce qui caractérise Berque et Rodinson, chacun à sa manière. Leurs œuvres font toujours preuve d’abord d’une sensibilité directe à la matière qui s’offre à eux, puis d’un examen continuel de leur propre méthode et de leur propre pratique, d’une tentative constante pour que leur travail réponde à la matière et non à des doctrines préconçues »  

« Berque et Rodinson, ainsi qu’Abdel-Malek et Roger Owen, se rendent certainement compte qu’il vaut mieux faire l’étude de l’homme et de la société – qu’ils soient orientaux ou non – dans tout le champ des science humaines, ces savants lisent donc d’un œil critique et étudient ce qui se fait dans d’autres domaine que le leur »

[56] Marcos. “El común contra las cajas mortales y las pirámides. Una asamblea de jefas, jefes y jefoas”. Consultado en “Enlace Zapatista”: https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/07/27/viii-el-comun-contra-las-cajas-mortales-y-las-piramides-una-asamblea-de-jefas-jefes-y-jefoas/

Marcos. “El común contra las cajas mortales y las pirámides” VII. Julio 27 del 2025.

[57]“Acerca de las pirámides y sus usos y costumbres. Conclusiones del análisis crítico de MAREZ y JBG. (Fragmento de la entrevista hecha al Subcomandante Insurgente Moisés en los meses de agosto-septiembre del 2023, en las montañas del Sureste Mexicano””. Noviembre 2023.

https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2023/11/14/decima-parte-acerca-de-las-piramides-y-sus-usos-y-costumbres-conclusiones-del-analisis-critico-de-marez-y-jbg-fragmento-de-la-entrevista-hecha-al-subcomandante-insurgente-moises-en-los-meses-de-ag/

[58] Ibid.

[59] C’étaient des conseils qui coordonnaient le développement endogène et autogéré. Fonctionnaient aussi comme des assemblées d’arbitrage et de conciliation, de répartition des finances extérieures, non selon les critères des donateurs sinon selon ceux des zapatistes eux-mêmes en l’exercice de leur autogouvernement, en se réservant une retenue locale de dix pour cent destinées, par exemple, à soutenir le collectif d’un village dont les nécessités n’avaient pas encore été prise en compte.

[60] Les Caracoles, regroupement régional qui a été décidé à Oventik en 2003 concerne une bonne trentaine de communes autonomes. Sur le sur le plan local, le regroupement peut prendre la forme de « comunidades, villages ou hameaux ou de municipios (communes) mais avec un droit d’ « association » entre les unes et /ou les autres, qui, dans la pratique, convertit le territoire autonome de local en régional. Il y avait cinq Caracoles  depuis 2003: 1) La Realidad, Madre de los Caracoles del Mar de Nuestros sueños, “Mère des caracoles de la mer de nos rêves », 2) Oventik, Resistencia y rebeldía por la Humanidad, “Résistance et rébellion pour l’humanité, 3) La Garrucha, Resistencia hacia un Nuevo Amanecer, “Résistance vers une nouvelle aurore », 4) Morelia, Torbellino de Nuestras Palabras, « Turbillon de nos paroles » et 5) Roberto Barrios, El Caracole que Habla para Todos, « Le caracole qui parle pour tous ».

[61] “Acerca de las pirámides y sus usos y costumbres. Conclusiones del análisis crítico de MAREZ y JBG. (Fragmento de la entrevista hecha al Subcomandante Insurgente Moisés en los meses de agosto-septiembre del 2023, en las montañas del Sureste Mexicano””. Noviembre 2023.

https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2023/11/14/decima-parte-acerca-de-las-piramides-y-sus-usos-y-costumbres-conclusiones-del-analisis-critico-de-marez-y-jbg-fragmento-de-la-entrevista-hecha-al-subcomandante-insurgente-moises-en-los-meses-de-ag/

[62] Ibid.

[63] En 2008, N. Sarkozy propose “moraliser le capitalisme”, cinq ans après, en 2013, le socialista F. Hollande recommande de le “régulariser” et sept ans plus tard, en 2020 le extrème-centriste E. Macron, lance l’idée de “l’humaniser”.

[64] Edward Said. El orientalismo, Op. Cit. 97

[65] Ibid.

[66] Marcos, “3 Postscriptum” II- Postscriptum à propos de Races et autres différences. https://enlacezapatista.ezln.org.mx/2025/06/30/3-posdatas-3-ii-posdata-de-razas-y-otras-diferencias-un-continente-muchos-colores/

[67] Ibid.

[68] Ibid.

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Voir aussi